La Baronne Tonge sur les Bushmen

Echanges entre le journaliste George Monbiot et la baronne Tonge au sujet de ses dÈclarations sur les Bushmen, publiÈs par le quotidien britannique The Guardian.

Qui appartient vraiment ‡ un autre ‚ge : les Bushmen ou la Chambre des Lords ?
George Monbiot, The Guardian, 21 mars 2006

Je crois que j'ai dÈcouvert l'argument imparable pour fermer la Chambre des Lords. C'est la prÈsence dans cette chambre d'un pair nommÈ Lady Tonge de Kew. La semaine derniËre, la baronne (autrefois le dÈputÈ LibÈral DÈmocrate Jenny Tonge) a ouvert un dÈbat ‡ propos du Botswana en attaquant les Bushmen gana et gwi du Kalahari. Elle a insinuÈ qu'ils essayaient de ´ rester ‡ l'‚ge de pierre Âª, dÈcrivant leur technologie comme ´ primitive Âª et les accusant ´ d'exercer un chantage sur le gouvernement du Botswana Âª en refusant d'Ítre expulsÈs de leurs terres ancestrales. Comment le savait-elle ? En 2002, en tant que membre d'une dÈlÈgation parlementaire, elle a passÈ une demi-journÈe dans un des camps dans lesquels les Bushmen ont ÈtÈ parquÈs de force. Ses guides Ètaient des membres du gouvernement du Botswana.

Lord Pearson de Rannoch, un homme avec lequel je suis rarement d'accord, a prÈtendu que quelque chose manquait dans son rÈcit : le voyage, affirmait-il, billet d'avion en premiËre classe inclus, avait ÈtÈ financÈ par Debswana. Debswana, une joint-venture entre De Beers et le gouvernement du Botswana, possËde les droits d'exploitation sur les diamants des terres des Bushmen dans le Kalahari.

´ J'ai pris la prÈcaution, a rapportÈ Pearson, d'engager mon propre interprËte, pour Ítre certain d'entendre exactement ce que disaient certains des 200 bushmen avec leurs familles, qui avaient rÈcemment ÈtÈ implantÈs de force dans un camp ‡ New Xade. Je les ai entendus dÈcrire cet endroit comme un lieu de mort, o˘ ils n'avaient rien ‡ faire sinon boire, se droguer et attraper le sida. Beaucoup d'entre eux avaient le sentiment d'avoir ÈtÈ expulsÈs parce que Debswana voulait les diamants de leurs terres. Pour ma part, je suis revenu plus convaincu que jamais qu'une grande injustice Ètait commise. Âª

Il aurait pu ajouter que Debswana Ètait secondÈe par Hill & Knowlton, le cabinet de conseil en communication, cÈlËbre pour la nature peu recommandable de ses clients. Il a conseillÈ le gouvernement chinois suite au massacre de Tienanmen, a montÈ des groupes de pression en faveur des industries du tabac et coachÈ la fille dont la fausse histoire de bÈbÈs koweÔtiens arrachÈs ‡ leurs couveuses a aidÈ ‡ dÈclencher la premiËre guerre du Golfe. Jusqu'‡ rÈcemment, Hill & Knowlton fournissait des ´ services administratifs Âª au groupe parlementaire dont Tonge et Pearson font partie. ¿ prÈsent, ce travail est effectuÈ par la Haute Commission du Botswana, dont l'opinion au sujet des Bushmen est identique ‡ celle de Lady Tonge. Son travail sur la question est coordonnÈ par Dawn Parr, une ancienne employÈe de Hill & Knowlton. Le cabinet de conseil en communication se vante, sur son site internet, d'avoir ´ trouvÈ des appuis Âª pour Debswana parmi les ´ parlementaires britanniques ª.

Le moment Ètait Ègalement mal choisi par Tonge : elle a fait son discours six semaines ‡ peine aprËs que Survival International ait lancÈ sa campagne visant ‡ dissuader le public de dÈcrire les peuples indigËnes comme primitifs et vivant ‡ l'‚ge de pierre. L'organisation a du pain sur la planche. Trois jours aprËs le discours de Tonge, j'ai entendu le correspondant de la BBC en IndonÈsie affirmer sur les ondes internationales que le ´ mode de vie Âª  des Papous occidentaux, ´ jusqu'‡ rÈcemment, avait plus en commun avec l'‚ge de pierre qu'avec le monde moderne Âª. Il ne savait probablement pas que John Fitzgerald Kennedy avait approuvÈ l'annexion de la Papouasie Occidentale avec ces mots : ´ Vos Papous sont environ 700 000 et vivent ‡ l'‚ge de pierre Âª. On dit des gens qu'ils sont primitifs et qu'ils appartiennent ‡ l'‚ge de pierre lorsqu'on veut leurs terres.

Le thËme animalier est lui aussi souvent abordÈ. ´ Comment une crÈature de l'‚ge de pierre peut-elle continuer ‡ exister ‡ l'Èpoque des ordinateurs ? Âª a demandÈ l'homme qui est actuellement le prÈsident du Botswana, Festus Mogae. ´ Si les Bushmen veulent survivre, ils doivent changer, sinon, comme le dodo, ils disparaÓtront. Âª La ministre du gouvernement local Margaret Nasha, a ÈtÈ plus prÈcise. ´ Vous connaissez le problËme des Basarwa (Bushmen) ? Âª a-t-elle demandÈ en 2002. ´ Parfois je l'assimile aux ÈlÈphants. On a eu le mÍme problËme autrefois quand on a voulu Èliminer les ÈlÈphants et que les gens Ètaient contre. Âª

Devant un public international, le gouvernement prend une autre approche. Comme Lady Tonge, il affirme que les Bushmen doivent Ítre expulsÈs du Kalahari Central pour leur propre bien. ´ Cela n'a jamais ÈtÈ facile pour un gouvernement d'Ètendre les services sociaux aux villages ÈloignÈs et peu peuplÈs. C'est pourquoi on a encouragÈ les habitants ‡ s'installer dans des villages avec des Ècoles, des dispensaires et d'autres opportunitÈs et des formations professionnelles. ª

´ EncouragȠª est un mot intÈressant. Il y a dix jours, un comitÈ des Nations Unies a relevÈ des ´ allÈgations continuelles que les rÈsidents Ètaient dÈplacÈs de force, en particulier suite ‡ des mesures telles que l'interruption dÈfinitive des services de base et essentiels dans la RÈserve, le dÈmantËlement des infrastructures existantes, la confiscation du bÈtail, le harcËlement et le mauvais traitement de certains rÈsidents par les officiers de police et les gardes de la rÈserve, mais aussi l'interdiction de chasser et une libertÈ de mouvement restreinte ‡ l'intÈrieur de la RÈserve. Âª. Ceux qui ont essayÈ de rester sur leurs terres ont ÈtÈ torturÈs, battus et affamÈs.

Depuis 2002, les Gana et les Gwi cherchent ‡ obtenir un jugement les autorisant ‡ retourner sur leurs terres. Mais le gouvernement, conscient que les partisans des Bushmen finiront par Ítre ‡ court d'argent, continue de faire traÓner l'affaire aussi longtemps que possible. Il a dÈsormais abrogÈ la partie de la Constitution ‡ laquelle les Bushmen faisaient appel.

Dans les annÈes 1960, quand les Innu du Canada ont ÈtÈ expulsÈs de leurs terres par des moyens similaires et pour des raisons similaires, ils sont immÈdiatement tombÈs dans l'alcoolisme, l'abus de drogues (solvants) et le suicide ; aujourd'hui 50% de la population souffre du diabËte, 35% des enfants innu scolarisÈs au Labrador sont atteints du syndrome d'alcoolisme fútal. Les taux de suicide sont environ 12 fois supÈrieurs ‡ la moyenne nationale. Pour qui a ÈtÈ tÈmoin du dÈplacement forcÈ des peuples indigËnes, c'est un scÈnario familier. Bien que le gouvernement botswanais refuse de procÈder ‡ des statistiques sÈparÈes pour les Gana et les Gwi expulsÈs, il apparaÓt que ceux-ci subissent la mÍme dÈchÈance ‡ une vitesse extraordinaire.

Lady Tonge a par la suite expliquÈ qu'elle utilisait le mot ´ primitif Âª dans le sens d'appartenance ‡ ´ un autre ‚ge Âª. Mais les Gana et les Gwi, comme tous les peuples indigËnes partout dans le monde, existent aujourd'hui, et ce qu'ils font appartient autant au prÈsent que ce que n'importe qui fait. Il n'existe pas de scala natura, d'Èchelle des Ítres qui les place ‡ la base et nous au sommet. ConfrontÈs ‡ des contraintes Ècologiques et Èconomiques diffÈrentes des nÙtres, les Bushmen qui tentent de regagner leurs terres constatent qu'ils sont plus ‡ mÍme d'assurer leur survie en conservant leurs pratiques et technologies traditionnelles - en tout cas certaines d'entre elles - qu'en restant ‡ boire de l'alcool de contrebande dans une case en tÙle. Ils peuvent aussi comprendre les bÈnÈfices de l'Èducation et du systËme de santÈ ‡ l'occidentale, mais ils veulent choisir si et comment ils veulent les utiliser, et non pas faire comme les paternalistes au Botswana ou ‡ la Chambre des Lords le dÈcident.

J'aimerais pouvoir dire que la description des Bushmen par Lady Tonge est elle-mÍme primitive, dans le sens o˘ elle appartient ‡ un autre ‚ge. Mais ce ne serait pas la vÈritÈ. Non seulement les peuples indigËnes sont-ils dÈpeints comme des sauvages afin que l'on puisse s'emparer de leurs terres, mais il y a aussi une Chambre des Lords o˘ des personnes non Èlues telles que lady Tonge parlent comme des missionnaires de l'Èpoque victorienne de la nÈcessitÈ de sauver les peuples de leurs tÈnËbres. Les membres de la Chambre des Lords font autant partie du monde moderne que l'iPod et l'arc de chasse des Bushmen. A la diffÈrence des Bushmen, cependant, ils semblent bien mÈriter l'expulsion.

Vous pouvez lire ce mÍme article dans sa version originale anglaise en cliquant ici :
http://politics.guardian.co.uk/columnist/story/0,,1735619,00.html

Il faut ouvrir un dÈbat ‡ propos des peuples indigËnes
Par la baronne Tonge, The Guardian, 24 mars 2006

George Monbiot n'a pas ÈtÈ inspirÈ en Ècrivant son article sur les Bushmen du Kalahari, ‡ partir de la littÈrature de Survival International (Qui appartient vraiment ‡ un autre ‚ge,  les Bushmen ou la Chambre des Lords?, 21mars). Je me demande s'il y a dÈj‡ ÈtÈ, ou encore s'il a dÈj‡ lu quelque chose ‡ propos du Botswana et de son gouvernement.

Il ferait mieux de rÈflÈchir un peu avant de m'accuser de recevoir des pots-de-vin par l'entremise d'un voyage sponsorisÈ, accompagnÈe d'autres parlementaires, dont Lord Pearson, qui ont profitÈ de la mÍme hospitalitÈ. Il s'est lancÈ en ayant dÈj‡ une idÈe prÈconÁue sur la question. J'y suis allÈe en tant que porte-parole de mon parti pour le dÈveloppement international, intÈressÈe de voir comment les Bushmen Ètaient traitÈs et Ègalement pour Ètudier les bÈnÈfices qui ont sans aucun doute profitÈ ‡ la population du Botswana, gr‚ce au gouvernement africain le moins corrompu et ‡ la compagnie semi-publique Debswana, qui fut crÈÈe lorsque des diamants furent dÈcouverts au Botswana juste aprËs l'indÈpendance.

Ce partenariat vaut la peine d'Ítre ÈtudiÈ par d'autres pays en voie de dÈveloppement ; combinant comme il le fait, l'expertise de management d'une puissante compagnie ‡ un gouvernement ayant besoin de fournir des services publics ‡ sa population. ¿ tous les Ègards, le Botswana a bien fait cela et ses citoyens ont accËs ‡ des soins de santÈ et ‡ une Èducation gratuite, contrairement ‡ plusieurs autres pays africains possÈdant des ressources naturelles similaires.

Mis ‡ part son attaque personnelle et injustifiÈe ‡ propos de mon intÈgritÈ, j'ai bien accueilli son article et j'espËre que cela entraÓnera un dÈbat adaptÈ quant au traitement et ‡ la gestion des peuples indigËnes qui, ‡ travers le monde, trouvent que leur mode de vie est en dÈcalage avec le reste de leurs pays. Dans le cas des Bushmen, j'ai choisi de l'appeler ´ â€šge de pierre Âª. Une description plus appropriÈe aurait ÈtÈ mÈsolithique, moyen ‚ge de pierre ou chasseur-cueilleur. Pourquoi cette dÈnomination parfaitement acceptable, biologique et Èvolutionniste serait-elle blessante, je ne le sais pas.

Dans le cas des Bushmen, cela requiert des immenses Ètendues de territoire qui peuvent Ítre nÈcessaires pour soutenir l'Èconomie du reste de la population du Botswana, qui vit dans les villes. J'espËre que Monbiot n'est pas en train de suggÈrer que nous devrions tous vivre de cette faÁon, parce qu'il n'y a tout simplement pas assez de place.

Nous entendons parler du savoir-faire des Bushmen. De leur habiletÈ ‡ pister des animaux sauvages et de forer des puits d'eau. Certains admirent leurs vies et les traitent comme s'ils Ètaient des objets exposÈs dans un musÈe. Mais qu'en est-il des femmes et des enfants ? Ils ont eux aussi des droits. Certains veulent des maisons, des soins et une Èducation qui pourraient leur permettre de mener un autre genre de vie. Que vont-ils devenir, lorsqu'on sait qu'il est quasiment impossible ‡ un gouvernement de fournir ces services sur un immense territoire comme le Kalahari, compte-tenu d'un mode de vie en constante Èvolution?

C'est ainsi que nous pourrons empÍcher les tristes rÈcits de peuples indigËnes qui n'arrivent pas ‡ s'adapter et qui deviennent des marginaux. Cela devrait Ítre le sujet de notre dÈbat.

Monbiot a raison sur un point. Les Bushmen et tous les peuples indigËnes font partie du monde moderne, peu importe la faÁon dont nous choisissons de les dÈcrire. La Chambre des Lords n'en fait pas partie. Peut-Ítre pourrait-il persuader ses copains de Survival International de laisser aux ONG botswanaises le soin de rÈgler cela, et de concentrer leurs efforts sur la dÈmocratisation de la Chambre des Lords, voire son abolition.

Jenny Tonge est membre LibÈrale dÈmocrate ‡ la Chambre des Lords
tongej@parliament.uk

RÈponse de George Montbiot, publiÈe sur le site internet de The Guardian le 24 mars 2006 :

Je rÈalise maintenant combien j'ai mal jugÈ la baronne Tonge. Quand, la semaine derniËre, elle a pris la parole devant la Chambre des Lords, accusant les Bushmen gana et gwi d'Ítre restÈs ‡ l'‚ge de pierre et de prendre en otage le gouvernement du Botswana en s'opposant ‡ leur expulsion de leurs propres terres, je pensais qu'elle Ètait une brute, qu'elle utilisait sa position (‡ laquelle elle n'a pas ÈtÈ Èlue) pour attaquer l'un des peuples les plus vulnÈrables au monde.

Quand, deux jours plus tard, elle est apparue dans l'Èmission Today de BBC Radio 4 et qu'elle s'est enfoncÈe encore davantage, je me suis dit qu'elle Ètait une imbÈcile.

Quand j'ai commencÈ ‡ lire sa rÈponse dans le Guardian d'aujourd'hui, rÈponse colÈrique ‡ des allÈgations jamais formulÈes, selon lesquelles elle aurait ÈtÈ corrompue et que son honnÍtetÈ Ètait ‡ mettre en doute, je me suis demandÈ si toute cette histoire n'en cachait pas une autre.

Mais c'est en finissant de lire son article o˘ elle explique que, tout comme moi, elle souhaite l'abolition de la Chambre des Lords, que tout est devenu limpide. Je dois des excuses ‡ Lady Tonge. Elle n'est ni une brute, ni une imbÈcile, ni un faire-valoir. Elle mËne une campagne politique courageuse et intelligente. Elle essaie d'obtenir l'abolition de la Haute Chambre, et c'est la satire qu'elle a choisie pour mÈthode.

Voici sa stratÈgie. Tout d'abord, elle accepte un titre de noblesse, se dÈguise en ëbaronne Tonge de Kew de l'arrondissement Richmond de Londres sur Tamise' et prend des airs comme il convient ‡ sa situation. Ensuite, elle aborde le sujet de conversation traditionnel de la Chambre des Lords - les peuples appauvris expulsÈs de leurs terres - et force son rÙle avec brio. Enfin, dans une parfaite imitation des nobles qui ont toujours prÈtendu savoir ce qui valait mieux pour les pauvres, elle dÈclare dans le plus grand comique que cette mainmise sur les terres est en fait une úuvre de bienfaisance.

Elle joue son rÙle ‡ la perfection, sans sourciller, jusqu'‡ ce que ses auditeurs Ètouffent de rage et d'incrÈdulitÈ, et demandent qu'elle soit jetÈe dehors avec tous les autres barons et baronnes de la Chambre, et qu'ils soient remplacÈs par des reprÈsentants Èlus.

Nulle autre baronne n'aime autant ses sujets et ne ferait fi ainsi de sa crÈdibilitÈ pour eux. Au lieu de l'attaquer comme je l'ai fait, nous devrions lui montrer notre gratitude pour son extraordinaire sens du sacrifice. Elle nous a ouvert la voie. Nous devons rÈclamer ce qu'elle dÈsire par-dessus tout : son expulsion de la lÈgislature et celle de tous ces idiots de la Chambre des Lords.


Les lettres suivantes ont ÈtÈ publiÈes dans le journal The Guardian le jour suivant la parution de l'article de la baronne Tonge :

Nous les Bushmen, nous pouvons faire nos propres choix.
Nous, en tant que membres de l'organisation des Bushmen du Kalahari Central au Botswana, sommes extrÍmement offensÈs par les commentaires de la baronne Jenny Tonge selon lesquels nous sommes restÈs au ëmÈsolithique', que nous vivons encore ë‡ l'‚ge de pierre'. Elle dit que ce n'est pas une insulte mais si vous traitez quelqu'un de primitif ou d'homme des cavernes, cela laisse supposer que vous pensez que cette personne vous est infÈrieure.
En rÈalitÈ, nous utilisons des radios et certains d'entre nous ont mÍme des tÈlÈphones portables. Mais l‡ n'est pas la question. Nous voulons juste avoir la possibilitÈ d'Ítre autorisÈs ‡ choisir notre propre mode de vie. Nous voulons retourner sur nos terres, prËs de nos ancÍtres et nous voulons Ítre autorisÈs ‡ vivre l‡-bas, en paix, ‡ chasser et vivre de la cueillette, et non pas Ítre considÈrÈs comme des ëpiËces de musÈe', parce que c'est la faÁon la plus intelligente et la plus adaptÈe de survivre dans le dÈsert. Manifestement, la baronne Tonge ne nous respecte pas suffisamment pour penser que nous savons ce qui est le mieux pour nous.
Elle pense Ègalement que les femmes et les enfants veulent quitter leur territoire pour aller dans les camps de relocalisation gouvernementaux, alors que les hommes ne le veulent pas. Les femmes de notre communautÈ sont nos porte parole les plus dÈterminÈes, quant ‡ notre volontÈ de retourner chez nous et sont allÈes en justice pour rÈclamer nos terres. Ces nouveaux lieux o˘ nous sommes forcÈs de vivre ne sont pas bons pour notre dÈveloppement, comme elle dit. Ici, les gens meurent de maladies qu'ils n'avaient pas auparavant et les enfants abandonnent l'Ècole trËs tÙt parce qu'ils ont le SIDA.

Jumanda Gakelebone
Roy Sesana
First People of the Kalahari
Ghanzi, Botswana

En proposant que le territoire des Bushmen soit utilisÈ afin de soutenir l'Èconomie du Botswana, c'est-‡-dire en permettant l'exploitation miniËre, parce qu'il n'y aurait pas d'autre moyen d'utiliser la rÈserve naturelle du dÈsert, Jenny Tonge soutient la position du gouvernement qui clame que les peuples indigËnes n'ont pas le droit d'utiliser leurs terres pour maintenir une culture adaptÈe ‡ une faible densitÈ de population, et ne devraient pas Ítre autorisÈs ‡ choisir les conditions d'exploitation des mines situÈes sur leurs terres, ou choisir de passer ‡ un autre mode de vie. En forÁant les Bushmen ‡ abandonner leur culture pour un mode de vie occidental qui ne serait probablement viable que pour une gÈnÈration, le gouvernement du Botswana dÈcide que l'important fonds de connaissance accumulÈ durant les 40 000 ans de culture et de traditions bushmen devrait disparaÓtre pour Ítre perdu ‡ jamais.

Antony Melville
Londres

Jenny Tonge confirme les premiËres critiques de Monbiot lorsqu'elle assimile les Bushmen ‡ des hommes du mÈsolithique. ¬ge de pierre et Moyen-¬ge ne sont pas synonymes de chasseurs-cueilleurs, ce sont des termes commodÈment utilisÈs par les archÈologues pour dÈcrire une pÈriode historique et n'ont aucune signification biologique ou Èvolutionniste. En Èmettant de tels propos, Tonge avance l'idÈe que les peuples de chasseurs-cueilleurs contemporains sont renvoyÈs ‡ un stade infÈrieur du dÈveloppement humain.

Dr Chris Smaje
Frome, Somerset

Le Botswana a certainement rÈalisÈ une longue liste d'objectifs. Mais nous ne pouvons y inclure les brimades actuelles dont sont victimes les Bushmen gana et gwi dont les anciens droits territoriaux avaient ÈtÈ confirmÈs par le premier prÈsident du pays, Seretse Khama. Jenny Tonge semble ignorer la persÈcution et la torture, mÈthodes attestÈes et employÈes par le gouvernement du Botswana.

Peter Glazebrook
Oxford


La controverse a Ègalement ÈtÈ ÈvoquÈe par d'autres journaux :

Le carnet de Christopher Booker
Sunday Telegraph, 19 mars 2006

Au XXe siËcle, trop souvent voyait-on des progressistes occidentaux parcourir l'Union soviÈtique, croyant naÔvement tout ce qu'on leur disait au sujet des merveilles du communisme. Un Èquivalent contemporain est la baronne Jenny Tonge, une pairesse ëLib Dem'qui, durant des annÈes, a ÈtÈ une apologiste de l'expulsion forcÈe, par le gouvernement du Botswana, des derniers Bushmen de leurs terres ancestrales du Kalahari.

La semaine derniËre, ‡ la chambre des Lords, elle en rajoutait, quelques jours seulement aprËs qu'une commission des Nations-Unies sur l'Èlimination de la discrimination raciale publie un rapport cinglant ‡ propos de la persÈcution des Bushmen par la RÈpublique du Botswana. La baronne a fait l'Èloge du Botswana qui a prÈcipitÈ ces ëprimitifs', ces gens de ël'‚ge de pierre' dans le XXIe siËcle, affirmant que les seuls Bushmen ayant Èmis des objections se rÈduisaient ‡ quelques vieux hommes.

Elle ne fait bien entendu aucune rÈfÈrence aux cas attestÈs de torture et de mauvais traitements des Bushmen par les fonctionnaires du gouvernement, et encore moins de la crainte qu'inspirent les camps inhumains dans lesquels le gouvernement relocalise les Bushmen de force, le pire d'entre eux Ètant surnommÈ ële lieu de la mort'.

Lady Tonge fonde son point de vue sur ce qu'on lui a dit lors d'une visite au Botswana en 2002, alors qu'elle Ètait l'invitÈe d'une compagnie qui projette d'exploiter le diamant dans le Kalahari. Heureusement, Lord Pearson de Rannoch, un autre invitÈ de ce voyage, Ètait Ègalement prÈsent ‡ la chambre des Lords. Il put ainsi expliquer qu'Ètant le seul membre du parti ‡ possÈder son propre interprËte bushman, il avait ÈtÈ en mesure de se rendre compte du fossÈ qui sÈparait la version des Bushmen de celle donnÈe par les fonctionnaires gouvernementaux et adoptÈe par la baronne Tonge.

La grande gueule Tonge fait une bourde prÈhistorique
Article de Guy Adams, The Independent, le 20 mars 2006,

Lorsque Jenny Tonge ouvre la bouche, les experts en bonnes vieilles gaffes politiques se tiennent prÍts ‡ prendre des notes.

En 2004, la ´ provocante Âª dÈmocrate-libÈrale s'est fait expulser des bancs ministÈriels aprËs avoir dÈclarÈ au sujet des kamikazes palestiniens :  ´ Si je devais vivre dans leur situation, je pourrais considÈrer en devenir un. Âª

DerniËrement, celle qui fut entre-temps ÈlevÈe au rang de baronne Tonge de Kew a trouvÈ le moyen de remettre les pieds dans le plat. Cette fois-ci, c'est en qualifiant les peuples indigËnes africains de ´ primitifs Âª vivant encore ‡ l'´ â€šge de pierre. Âª

Ces commentaires, faits la semaine derniËre ‡ la Chambre des Lords pendant un dÈbat sur le Botswana, ont offensÈ les organisations úuvrant ‡ prÈserver le mode de vie traditionnel des peuples indigËnes.

Le groupe de pression Survival International a lancÈ voil‡ un mois une campagne visant ‡ bannir du vocabulaire les termes pÈjoratifs tels que ´ primitif Âª et ´ â€šge de pierre. Âª

Cette campagne a reÁu l'appui d'une multitude de cÈlÈbritÈs et de journalistes, dont John Pilger, John Simpson, Colin Firth et Julie Christie. Ils ont du coup fait parvenir une lettre d'indignation ‡ Tonge, l'exhortant ‡ prÈsenter ses excuses pour les commentaires qu'elle a apportÈs lors d'une discussion ‡ propos des mÈthodes de chasse des Bushmen.

Selon Hansard, Tonge a dÈclarÈ que leur mode de vie ëprimitif' est Ã«parfait pour un Bushman prospËre, mais ce n'est pas le cas des femmes et des enfants qui ont droit ‡ des soins de santÈ et ‡ l'Èducation et qui ne souhaitent peut-Ítre pas rester ‡ l'‚ge de pierre.'